Édito – La Femme Invisible

Édito – La Femme Invisible

Elle réconforte, elle écoute, elle soutient, mais surtout, elle utilise son pouvoir d’invisibilité pour mener à bien ses missions. Elle agit dans l’ombre, sans être vue : voici le pouvoir de Susan Storm, mieux connue sous le nom de la Femme Invisible. En tant que membre des Quatre Fantastiques, personnages cultes de Marvel, elle passe le plus clair de son temps à essayer de garder l’équipe unie. C’est son empathie et son pragmatisme qui font d’elle une membre centrale du fameux quatuor.

Invisibilité, garder l’équipe unie, mener à bien sa mission : cela vous rappelle-t-il quelqu’un? Et si on vous parlait de la cadre intermédiaire?

Elle se trouve, elle aussi, au milieu de l’action, au milieu de la chaîne de responsabilités, et, littéralement, au milieu de l’organigramme. Elle joue un rôle de pivot : elle implémente les stratégies et les décisions venues d’en haut, tout en veillant à la performance et au développement des gens sous son leadership.

La cadre intermédiaire a beau se trouver au centre, elle passe encore trop souvent sous le radar. Comment cela est-il possible? Est-ce un super pouvoir ou une malédiction?

À l’instar de la Femme Invisible, seule représentante de son genre au sein de son équipe, la cadre intermédiaire est en infériorité face à ses homologues masculins. En effet, même si la situation tend à lentement s’améliorer, en 2020, les femmes n’occupaient que 38% des postes de gestion aux États-Unis et 37% de ces mêmes fonctions dans l’Union européenne. Cette faible représentation se répercute aux échelons supérieurs, le bassin de candidates à promouvoir étant drastiquement moindre que celui des hommes. Avec le temps, l’écart qui se creuse devient irrécupérable… et l’invisibilité persiste.

La cadre intermédiaire doit également composer avec le fait que ses bonnes performances ne se traduisent pas en reconnaissance, mais en… oubli. En effet, selon un récent sondage, 75% des gestionnaires interrogés (hommes et femmes) considéraient que plus le temps avançait, moins leur organisation se souciait d’eux. Parce qu’ils excellent, ils disparaissent des préoccupations de leurs supérieurs, (sur)occupés ailleurs. Cela confirme un constat que font plusieurs femmes à cette étape de leur carrière : le talent et les résultats ne suffisent pas pour se démarquer et progresser.

Quel paradoxe tout de même de passer inaperçue parce que l’on est courageuse, assidue, excellente.

Susan Storm devient invisible sur commande, parce qu’elle le souhaite. Ce n’est pas le cas des super-héroïnes de la gestion. Avoir l’impression d’être transparente malgré soi, quand on réussit le grand écart au quotidien, un pied sur le terrain et l’autre dans la stratégie, cela peut devenir démoralisant.

Au moment où on souligne le 50e anniversaire de la célèbre Femme Invisible de Marvel, soulignons également l’avancée de ces femmes invisibles malgré elles, de ces Susan Storm du monde corporatif, réussissant les missions difficiles, surmontant les obstacles, tout en gardant leur équipe sur les rails.

Cadres intermédiaires, gestionnaires de tout acabit et femmes compressées, avec vos questionnements, vos feux à éteindre, votre plafond de verre, vos aspirations et vos réalisations, vous vous sentez peut-être invisibles, mais nous, à L’effet A, on vous voit. Vous êtes au cœur de notre mission : celle de rendre l’invisible, visible.

 

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Photo de Marianne Prairie

Marianne Prairie

Autrice

Productrice, réalisatrice et autrice, Marianne Prairie explore tout le panorama du monde médiatique et interactif depuis plus de 15 ans. Fièrement féministe, son engagement social s’exprime à travers ses projets créatifs et ses multiples collaborations.