Janet McFarland : Pourquoi faut-il parler d’équité en milieu de travail?

Janet McFarland : Pourquoi faut-il parler d’équité en milieu de travail?

Quand Janet McFarland, éditrice sénior de la section Report on Business du Globe and Mail, parle des journalistes qui composent son équipe, l’admiration et le respect qu’elle voue à leur talent et à leur passion sont perceptibles, autant dans le ton et les mots qu’elle utilise que dans l’étincelle qui allume son regard. Pierre angulaire de son style de leadership, la capacité de Janet McFarland à amplifier et à valoriser la voix des autres démontre à merveille comment nous pouvons tous améliorer l’équité en milieu de travail.

Une carrière consacrée à changer les choses

Après 30 ans de journalisme, l’ambition de Janet McFarland d’élever la collectivité a évolué, sans jamais faiblir. Lorsqu’il s’agit de changer le monde, rien ne vaut le journalisme. « En toute honnêteté, j’étais très idéaliste lorsque j’ai commencé dans ce métier, explique-t-elle. Je suis vraiment devenue journaliste parce que je voulais changer les choses. Je croyais qu’en rédigeant de bons textes auxquels les gens s’identifient, on pouvait aider ces derniers à prendre conscience que les choses devaient changer. »

Et c’est exactement ce qu’elle a fait. Dans ses articles, Janet McFarland accordait une attention particulière aux politiques publiques qui pouvaient être changées, notamment sur les femmes en position de pouvoir, la rémunération des hauts dirigeants et la réglementation du secteur des valeurs mobilières. En 2014, le prix Landsberg, remis à un ou une journaliste qui sensibilise ses lecteurs à l’égalité des genres et aux questions de justice sociale au Canada, est venu confirmer que son travail faisait effectivement bouger les choses.

Il va sans dire que cet honneur reconnaissait entre autres sa participation au projet Board Games. Chaque année, le Globe and Mail, en collaboration avec des partenaires de l’Université de Toronto, note la gouvernance des plus grandes entreprises du Canada et établit un classement. La journaliste a participé à l’élaboration des questions et de la méthodologie. « Une des premières choses que nous avons faites, à une époque où le sujet n’était pas encore aussi étudié, c’est d’ajouter des questions sur le nombre de femmes siégeant au conseil d’administration. C’était extrêmement important pour moi de poser ces questions, car je croyais que cela pourrait favoriser le changement. » Chaque année, l’équipe des Board Games resserre les critères et ajoute des questions sur la présence de personnes autochtones et de couleur ainsi que de personnes handicapées, remontant ainsi la barre pour les entreprises. « Je dirige les Board Games depuis maintenant 20 ans; je crois que c’est probablement le projet qui m’est le plus cher, une initiative qui a réellement contribué à faire changer les choses, puisque les entreprises rivalisent véritablement entre elles pour être au sommet des classements », ajoute Janet McFarland.

Un nouveau poste pour inspirer la relève

Lorsqu’elle a constaté les retombées de son travail sur la vie des femmes et des autres groupes marginalisés au sein des organisations, elle a voulu aller encore plus loin. « J’avais passé tant d’années à accorder la priorité à mon rôle de mère, pendant lesquelles je ne voulais pas d’un emploi qui m’obligerait à finir tard tous les soirs comme c’est le cas maintenant. Je suis donc allée voir mon patron pour lui dire que j’avais du temps à consacrer à un travail plus exigeant et que j’aimerais être plus près de l’action… loin du travail solitaire de journaliste. Il m’a immédiatement offert ce poste. »

En tant qu’éditrice sénior, Janet McFarland supervise dix journalistes; elle est une source d’inspiration pour la nouvelle génération. La fierté qu’elle éprouve pour son équipe est particulièrement palpable lorsqu’elle parle de la couverture de l’initiative BlackNorth l’an dernier. Un groupe de journalistes du Report on Business a examiné les plus grandes entreprises au Canada pour voir combien d’entre elles avaient réussi à nommer davantage de personnes de couleur à des postes de direction. « Je suis si fière que mes journalistes aient travaillé sur ce dossier, se réjouit Janet McFarland. C’est comme ça que je crois pouvoir jouer le rôle le plus important : en aidant les journalistes à parler de ces sujets et à faire preuve d’audace dans le choix de leurs prochains reportages. »

Malgré de grands progrès, le combat pour l’équité en milieu de travail est loin d’être terminé, et Janet McFarland compte le mener encore longtemps : « J’ai passé toute ma carrière au Globe and Mail. Je suis une journaliste économique, comme tous mes collègues. Dans notre domaine, il est particulièrement important d’avoir une femme dans un poste de direction comme celui-ci. Il y a des femmes [dans notre service], mais la réalité, c’est que les hommes sont majoritaires. Donc j’espère que ma présence inspirera d’autres personnes. Attirer de jeunes femmes journalistes au Globe and Mail, les aider à cheminer et à écrire le genre d’articles qu’elles désirent, et à devenir des employées de longue date, voilà la véritable définition du succès pour moi. »

Le Globe and Mail a changé au cours des 20 dernières années grâce à un effectif plus diversifié, capable de raconter des histoires différentes. Janet McFarland est déterminée à trouver de nouvelles voix, car elle a pu personnellement en constater les retombées. « Aujourd’hui, lorsque j’interviewe des jeunes pour les programmes de stages, j’aime leur demander pourquoi ils ont voulu devenir journalistes. S’ils répondent que c’est parce qu’ils croyaient que ce serait amusant ou qu’ils ont toujours aimé lire et écrire… il n’y a pas de problème. Mais s’ils disent que c’est pour changer le monde, alors je sais que nous sommes sur la même longueur d’onde. »

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Author profile

Adriana Palanca

Autrice

Avec plus de 20 ans en rédaction, Adriana est une autrice basée à Montréal. Ses multiples rôles incluent rédactrice-conceptrice, directrice créative, professeure de création littéraire, coach d'écriture, réalisatrice-animatrice de podcast et blogueuse. Elle travaille présentement sur un recueil de nouvelles, sur un mémoire sur son expérience d'Italo-Canadienne, et sur des poèmes divers qui prendront, un jour, une forme complète.