Être inclusif : un état d’esprit et des pratiques

Être inclusif : un état d’esprit et des pratiques

«Entrer dans le moule»? Non merci! Le temps n’est plus à la conformité, assure Salwa Salek, directrice du bureau Équité, diversité et inclusion au Mouvement Desjardins. Dorénavant, on fait place à l’inclusion dans toutes les facettes du terme, que ce soit individuellement ou collectivement, en entreprise. Intégration, reconnaissance, bienveillance, curiosité, partage, singularités et identités multiples dessinent un nouveau paysage de travail riche de nos différences. Entretien avec la gestionnaire et leader de L’effet A sur le futur de la pluralité au travail.

Tous concernés!

Dans le sillage des mouvements sociaux #MeToo et Black Lives Matter, les entreprises ne peuvent faire fi des remous collectifs. Dans la mêlée des débats sociétaux, «les nouvelles générations, les talents et les forces vives s’attendent à plus d’écoute et de sensibilité», dit Salwa Salek. Cette prise de conscience des enjeux d’inclusion se manifeste, selon elle, par une volonté de donner parole et une place aux groupes minoritaires au-delà d’une politique d’intégration, d’immigration et des obligations liés à la discrimination.

En mode ouverture d’esprit

Loin des stéréotypes, des étiquettes et des conventions, Salwa Salek défend une ouverture d’esprit et de cœur. «Tous différents, tous humains!» Avant même d’ouvrir l’esprit aux différences qui habitent chacun, Salwa Salek recommande d’identifier individuellement ses propres biais de perception par rapport aux autres. «Les étiquettes sont des catégories et des raccourcis mentaux par lesquelles on range les personnes dans des cases.» Quoique très humain, ce réflexe primaire nuit à la reconnaissance de l’autre dans ses différences. Or, s’il est confrontant de vivre dans un monde diversifié, l’experte invite à «prendre du recul sur soi en étant pleinement conscient de ses biais mentaux». 

Valoriser les différences

Aujourd’hui, on ne veut plus rentrer  dans le moule! «Cette idée est une violence. Il y a autant de moules que de personnes» affirme-t-elle. De plus, l’esprit d’inclusion valorise la singularité de la personne. «C’est une question d’individuation». Pour soutenir cette idée fraîche, Salwa Salek recommande d’éviter de trop sous-segmenter les groupes. «À trop diviser, tu risques d’exclure et de renforcer les antagonismes» souligne-t-elle. À la place, elle encourage toutes les employées ou gestionnaires à élargir le regard sur les différentes d’expériences, les profils et les parcours. « Créer un milieu inclusif, c’est faire de la place à des gens qui n’ont pas de titre, qui ont un profil plus littéraire, plus atypique, qui ont d’autres expériences, d’autres diplômes ». 

Assumer les identités plurielles

D’où lui vient cette perspective unique sur le monde? Salwa Salek a toujours été en quête d’un monde plus juste. «Je viens du Maroc, souligne-t-elle, où les femmes ont moins de droits qu’ici». Elle se confie aussitôt sur un soutien familial, significatif et porteur d’affirmation de soi. «Mon père m’a permis de prendre toute ma place. Il m’a toujours laissé parler. Ça m’a construite.» Forte de cette éducation, elle veut rendre cette reconnaissance à travers son travail et ses valeurs d’acceptation de soi et de l’autre. Le secret selon elle ? La notion d’«identités plurielles» qui ouvre sur une nouvelle posture mentale, s’autorisant à assumer ses diverses appartenances, à dépasser la question restrictive «d’où viens-tu?». «On fait tous partie d’un ensemble», insiste-t-elle. 

Des paroles et des gestes

Bien que les organisations se disent volontiers inclusives, Salwa Salek rend chaque personne responsable de son comportement. De la parole au geste, elle invite à un pas de plus: l’engagement personnel. Une action même minime comme recadrer une blague déplacée peut, croît-elle, changer les mentalités. Certaines personnes issues de minorités tendent à éviter de poser des questions. Au contraire, elle prône de le faire, «juste nomme-le», et d’utiliser des formules telles que «il se peut que je ne sache pas…», «reprends-moi si je me trompe…» Pour cultiver un environnement où l’on peut être soi sans crainte d’être jugé, elle invite chacun à cultiver sa bienveillance envers l’autre. Il faut ouvrir sa curiosité sur le monde, intervenir en cas de micro-agressions, accueillir la divergence d’opinions, être conscient de son impact sur son environnement jusqu’à la responsabilité de se sentir imputable!

Pour Salwa Salek, la clé de la réussite est là. «Plus nos organisations vont permettre à cette unicité de s’exprimer sans en avoir peur, mieux elles seront préparées à faire face aux défis de l’avenir»! Et mieux nous pourrons, comme individu, faire une différence.

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Photo de Myriam Jézéquiel

Myriam Jézéquel

Autrice

Myriam Jézéquel, Ph.D est écrivaine, journaliste, chroniqueuse. Plus de trente publications au Québec et en Europe. Elle donne aussi des cours d'entraînement physique et anime des ateliers de créativité et d'expression par le mouvement, la danse et l'écriture pour libérer l'intuition. Dernière publication en librairie au Québec en janvier 2022 : Écoute-toi de tout ton corps (Éditions Jouvence)